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(Oeuvre écrite en 1956 par Jean Genet, né en 1910 et décédé en 1986) Un bordel de luxe... ou une "Maison d'illusions" comme aime à l'appeler Madame Irma... Cette femme est une Mère Maquerelle, comme elle peut devenir ou plutôt prendre le rôle de la Reine, selon les circonstances. Une somptueuse dem eure où les clients jouent peut-être à ce qu'ils ne sont pas, mais sont plus vrais que leurs modèles. Des ressemblances ignobles, excentriques, erronées ou drôles de ces personnages qui forment l'ordre social de la société. Dans les miroirs dorés des salons de Madame Irma, l'image de ces hommes reflète, pour se perdre dans le grotesque, l'émotion, le burlesque ou la vérité. Madame Irma veille sans cesse au jeu de ses clients par un dispositif lui permettant, depuis son bureau, de voir ce qui se passe dans tous ses salons.
Carmen, une ancienne prostituée, aide la patronne du boxon pour la comptabilité. A l'extérieur éclate la révolution. Le bouic de Madame Irma est aussi visé par les tirs et les explosions. La Maquerelle attend l'arrivée du Chef de la Police, puis celle d'un mystérieux et énigmatique Envoyé de la Reine, pour savoir comment sortir d'une situation devenant de plus en plus effrayante, redoutable et dangereuse. Parmi les hommes fréquentant le bordel appelé "Le Balcon", il y a l'Evêque (Tableau I) "Répondez-moi, miroir, répondez-moi. Est-ce que je viens ici découvrir le mal et l'innocence? Et dans vos glaces dorées, qu'étais-je?... La majesté, la dignité, illuminant ma personne, n'ont pas leur source dans les attributions de ma fonction, ils viennent d'un éclat plus mystérieux : c'est que l'évêque me précède... Et je veux être évêque dans la solitude, pour la seule apparence..." Homme de foi qui voudrait inonder le monde de sa bonté, se cachant derrière sa chape dorée. Il est avec une femme tantôt religieuse, tantôt putain, à qui il pardonne ses péchés comme si elle était une vraie pénitente... Vous découvrirez ensuite une figure importante de notre société: le Juge (Tableau II), accompagné d'un homme jouant au bourreau pitoyable et dur (Arthur, employé et intime de Mme Irma, mac douillet et efféminé), obligé de cogner une femme tantôt voleuse, tantôt fille de joie, pour la jouissance de l'homme de loi. "Tu dois nier d'abord pour avouer et te repentir. Il faut que tu sois une voleuse modèle, si tu veux que je sois un juge modèle. Si le bourreau ne cognait pas, comment pourrais-je l'arrêter de cogner? Donc, il doit frapper pour que j'intervienne et prouve mon autorité. Et tu dois nier afin qu'il te frappe." Dans un autre salon (Tableau III), un Général qui veut mourir debout, pour laisser ainsi l'image de la gloire illustre et de la perfection absolue. Homme de guerre et de parade accompagné d'une femme tantôt cheval, tantôt prostituée. "Général! Me voici dans ma pure apparence. Simplement, j'apparais. Si j'ai traversé des guerres sans mourir, traversé les misères, sans mourir, si j'ai monté les grades, sans mourir, c'était pour cette minute proche de la mort... où je ne serai rien, mais reflété à l'infini dans ces miroirs". Derrière les rideaux molletonnés de la maison d'illusions, la révolution gronde. Crépitements de mitrailleuses et explosions. Scène de la révolution (Tableau VI), Chantal, une ancienne prostituée du Balcon, est l'effigie de cette révolution. Elle sera sacrifiée (Tableau VIII) pour devenir à tout jamais une héroïne, une sainte, mais aussi parce qu'elle n'est qu'une femme... Comme l'Evêque, le Général et le Juge, tous les autres clients désirent rentrer dans la nomenclature, c'est à dire être reconnus, puis aimés, vénérés et rester éternellement des symboles. Georges, ancien amant de la Maquerelle, Chef de la Police, s'y affaire avec ardeur et conviction pour devenir plus tard une image sacrée et gagner alors la postérité, la consécration irrévocable d'un personnage hiératique et l'immobilité définitive d'un mythe (Tableau IX). Comme au théâtre, dans la "Maison d'illusions" tout est faux, comme tout pourrait être vrai. Tout n'est que visions et reflets, jeux de glaces et apparence. Jeux diaboliques et fous d'une réalité extravagante ou d'un irréalisme affolant. Dans la comédie somptueuse ou sordide que se donnent les clients de Madame Irma, "le mal sur scène explose, nous montre nus, nous laisse hagards s'il se peut et n'ayant de recours qu'en nous". Tous les jours, le même spectacle recommence dans cette mystérieuse et obscure demeure... Madame Irma redistribue les rôles, endosse le sien et prépare les salons. Avant de s'en aller, elle vous dira: "Il faut rentrer chez vous, où tout, n'en doutez pas, sera encore plus faux qu'ici..." Au nom de la Compagnie du Clédar, je vous souhaite d'ores et déjà une magnifique soirée au Manoir de Hautes-Roches ou dans la "Maison d'illusions" de Madame Irma...
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