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Accueil Le Balcon (1995) Le grand théâtre du monde
     
   
     
   
 
Le grand théâtre du monde Imprimer
Écrit par Gérard Demierre   
Dimanche, 01 Janvier 1995 01:00

Malgré l'intérêt qu'il provoque, "Le Balcon" déconcerte. Il est rare qu'une pièce contemporaine suscite d'aussi nombreuses mises en scène. Pourtant, Genet n'a jamais été satisfait des différentes réalisations de son texte. Et la critique fut toujours troublée de la manière dont le dramaturge traitait la réalité sociale. En effet, bien que son théâtre tout entier se consacre au thème du maître et de l'esclave, Genet s'est toujours défendu "d'attaquer" ou de "défendre", de vouloir montrer quoi que ce soit. Il demande de ne pas jouer cette pièce comme si elle était une satire de ceci ou de cela. Elle est, et sera jouée comme "la glorification de l'Image et du Reflet". Il faut donc tenter de la saisir non pas dans ses thèmes érotiques ou sociaux, mais dans sa structure même de jeu de théâtre, jeu de miroirs, jeu d'illusions, effets d'optique et d'apparences.

Le Grand Miroir du Monde et de tous les miroirs.

Dans sa première version, "Le Balcon" propose une fable assez claire: les clients d'un bordel de luxe s'identifient, le temps d'une séance, aux personnages de leurs rêves.

Pour tromper le peuple révolté qui a massacré les vrais détenteurs du pouvoir, ils apparaîtront au Balcon de la maison close dans toute la splendeur de leur déguisement. Voici l'ordre social tout entier: le Clergé avec l'Evêque, la Loi avec le Juge, l'Armée avec le Général et la Reine qu'incarne la directrice de l'établissement; quant au Chef de la Police, bien qu'il détienne le Pouvoir effectif, il se contente d'escorter les dignitaires. Le drapeau de la révolte, porté par Chantal, une ex-prostituée enfuie du bordel, est abattu.

L'ordre triomphe, le chef des révoltés vient au Balcon, rêver le temps d'une séance, qu'il est le Chef de la Police.

Mais, chez Genet, tout est illusion... car le Balcon pourrait bien être à la fois une maison d'illusions, l'intérieur de la conscience d'Irma, directrice du bordel, et le théâtre même où l'on joue "Le Balcon".

L'acteur ou l'actrice qui se montre doit, comme les prostituées, plaire aux clients. Payés pour se déshabiller l'âme, pour montrer sans pudeur leurs cris, et leurs larmes, leurs râles et leurs fureurs, car s'il y a quelque chose de sexuel dans ce qui attire, la nuit, les spectateurs au théâtre, il y a quelque chose de théâtral dans le désir sexuel.

Que désire-t-on, sinon des images, les objets de nos désirs sont des fantasmes de théâtre. Choisir une maison close pour être le théâtre du théâtre, c'est déjà placer deux miroirs face à face, c'est édifier le palais des miroirs, cette infinie réflexion où le réel s'anéantit.

D'ailleurs, avant d'être Evêque, Juge, Général ou Mendiant, les clients du Balcon sont des acteurs, des acteurs sans public qui jouent pour leur image. Tout acteur joue pour son image. Ce n'est qu'en apparence qu'il se montre au public. En fait, il tente de susciter devant lui cette image définitive qu'il voudrait donner de lui-même aux autres après la mort.

Genet évoque ici l'image de l'artiste à "son image de marque". Que l'on songe à la mort de Marylin Monroe qui était devenue le signe de la beauté féminine.

A 40 ans, pour ne pas abîmer l'image de Marylin, Marylin n'avait plus qu'à mourir. Greta Garbo s'est enterrée vivante en ne parlant d'elle qu'à la troisième personne. Elvis Presley, obèse, vieilli, ne sortait plus de sa propriété.

Genet lui-même s'est retiré dans son tombeau. De son vivant, grâce à Sartre, il a connu une gloire d'auteur classique.

Son image est si belle, sa légende si réussie qu'il ne doit plus les modifier, il faut qu'il disparaisse.

Sans adresse, sans valise, toujours ailleurs, le dramaturge errant reconquiert par son absence l'invisibilité des morts.

Ce soir, à la Vallée, nous sommes heureux de vous emmener dans les rouages secrets de cette œuvre énigmatique où, lorsque le théâtre s'interrompt, la réalité à son tour se révèle truquée…

(Référence J.-B. Moraly)

 
 
     
     
 
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Les lumières du Théâtre d’Été Vallée de Joux 2011 se sont éteintes. Le chapiteau aux mille miroirs s’en est allé pour être remonté quelque part en Allemagne. Le lieu-dit « Sur-la-Rose » est à nouveau une zone industrielle et les comédiens ont repris leurs occupations professionnelles et familiales.

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