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Accueil Le Balcon (1995) Eblouissement et vertige
     
   
     
   
 
Eblouissement et vertige Imprimer
Écrit par Yves Pinguely   
Dimanche, 01 Janvier 1995 01:00

Après plusieurs mois de travail, je me suis arrêté là: entre une étrangeté et une admiration immenses.

"Quand on est malin, on peut faire semblant de s'y retrouver (..) de croire que les mots ne bougent pas, que le sens est fixe." Jean Genet

L'œuvre de Genet ne se laisse pas réduire au silence. Il n'y a pas d'explication facile, univoque et sécurisante. C'est normal. Son écriture est vertigineuse. Il joue continuellement avec l'équilibre fragile des mots, des images et des sens.

L'œuvre de Genet éclate, étincelle, glisse, se dissimule, ressurgit, et se réinvente sans cesse.

"Je voudrais aimer tout le monde. Mes pièces, mes romans sont des cris d'amour et l'on me répond par des injures." J. G.

Aucune injure et peu de réserve. Mais plutôt un long écho amoureux qui s'est tissé en moi. J'aime Genet car il a taillé son œuvre dans la liberté et la lucidité. J'aime les excès de sa langue, de son courage et de ses défis. J'aime son feu, sa violence, et sa redoutable intelligence.

"Quant au public, seul viendrait au théâtre qui se saurait capable d'une promenade nocturne dans un cimetière afin d'être confronté avec un mystère." J. G.

C'est vrai que si nous avions pu vous offrir le cimetière, le mystère aurait été encore plus fort. Mais avec Genet, où que nous soyons, le mystère est toujours présent. Si Genet et "Le Balcon" nous ont si bien résisté durant notre travail, j'imagine et j'espère qu'ils susciteront aussi des réactions très diverses chez vous: incompréhension, doute, étonnement, complicité, sourire et plaisir. Je vous souhaite donc beaucoup de liberté pour accueillir cette œuvre complexe, exigeante et déroutante. Et sans plus tarder, je vous invite encore à entendre Genet. Des voix très différentes, mais qui toutes, à mon sens, désignent et soulignent bien le même homme.

"Un jeune écrivain m'a raconté avoir vu dans un jardin public cinq ou six gamins jouant à la guerre. Divisés en deux troupes, ils s'apprêtaient à l'attaque. La nuit, disaient-ils, allait venir. Mais il était midi dans le ciel. Ils décidèrent donc que l'un d'eux serait la Nuit. Le plus jeune (..) fut alors le maître des combats. "Il" était l'Heure, le Moment, l'Inéluctable. De très loin, il venait, avec le calme d'un cycle (..) A mesure de son approche, les autres, les hommes devenaient nerveux, inquiets… Mais l'enfant, à leur gré, venait trop tôt. (..) les troupes et les chefs décidèrent de supprimer la Nuit, qui redevint soldat d'un camp… C'est à partir de cette seule formule qu'un théâtre saurait me ravir." J. G.

"Si mon théâtre pue c'est parce que l'autre sent bon." J. G.

"Si un jour l'activité des hommes était jour après jour révolutionnaire, le théâtre n'aurait pas sa place dans la vie." J. G.

"Il va de soi que tout ce que je viens de dire n'a un peu d'importance que si l'on accepte que tout était à peu près faux." J. G.

 
 
     
     
 
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