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A chaque fois, on peut dire que tout démarre comme la chanson de Jacques Brel: "Rêver un impossible rêve..." Quand une idée est dans l'air depuis un moment, qu'elle a eu le temps de nous allumer, comme par exemple Le Cimetière des Voitures de Fernando Arrabal, elle se met vite à prendre de la hauteur, poussée par les délires conjugués des metteurs en scène qui osent leurs fantasmes les plus fous, de l'éclairagiste qui change les abat-jour en projecteurs, des décorateurs qui imaginent des châteaux en Espagne avec des palettes en bois ou font de l'animation artistique avec des cuvettes WC, ou encore des acteurs qui rêvent de dire des répliques magnifiques à faire frissonner des milliers de spectateurs dans un décor grandiloquent.
Si ce charivari s'essouffle, d'autres doux-dingues s'agglutinent pour raviver la flamme, le projet rêvé dans ses moindres détails devient incontournable. Les questions les plus épineuses sont considérées avec le sérieux qui leur est dû, puis digérées afin de "coller et conglutiner !". Le rêve impossible est là, c'est devenu une maquette avec des petites voitures, écrasées à l'étau pour faire comme de vrai. Le monde de la récup' rejoint la fiction: des centaines de vieux tapis, 1'200 m2 de draps de lit assemblés les uns aux autres, plus d'une dizaine d'épaves de voitures travaillées pour devenir des scènes volantes. "Il sont trop ambitieux, fous, insensés, ils se prennent la tête ou quoi !". Pas si sûr, pour monter des histoires pareilles et les réussir, il est préférable de savoir ses limites et ses lacunes; d'où l'importance d'une certaine humilité, afin de mieux évaluer le travail à accomplir. Dans ce sens, sagement, nous prenons le temps nécessaire pour nous préparer, comme acteurs et comme organisateurs. Des personnes viennent nous aider, que ce soit au comité d'organisation, dans les équipes de construction, aux cuisines ou au service. Des sociétés se joignent à nous: la galerie de L'Essor expose la collection d'œuvres d'art de Monsieur Arrabal et le Centre Espagnol plus espagnol que jamais, animera La Plaza Mayor. D'autres arrivent depuis la plaine, du Pied du Jura, de France voisine pour étoffer notre distribution. Mais il reste le plus incroyable, la plus inespérée des rencontres, celle qui nous a permis de connaître l'auteur du Cimetière des Voitures, Fernando Arrabal. Cet homme impressionnant a aimablement accepté de nous recevoir chez lui à Paris; il a répondu à nos sollicitations avec la plus grande des générosités. Pour la première fois dans notre Théâtre d'Eté l'auteur est vivant. Il sera présent à la première avec la centaine de personnes qui vont faire exister sa pièce, et pour notre plus grand plaisir fabriquer un moment dépassant largement le cadre du Clédar. Et le plus beau serait que toute cette aventure dépasse nos rêves les plus fous…
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