Y.P.: Pour nous tous, je crois, quelques mois avant la première, la grande surprise, l'inconnu, l'angoisse aussi, ça reste cet espace immense, la patinoire. Comment l'espace va réagir, comment nous allons faire se rencontrer ces deux mondes, celui d'Arrabal et cette patinoire. G.D.: Jusqu'à maintenant, on avait un bon texte et on avait un plaisir à trouver l'image. Cette année pour la première fois, on a une image, très importante: la patinoire. Et on arrive avec un texte. Nous devons habiter cet espace et en même temps détourner cet espace et son image. C'est la démarche inverse. Sans cette météo...., j'aurais préféré jouer en plein air, au bord d'une autoroute ou dans un coin à la Vallée, où il y aurait de vieilles bagnoles entreposées.
Y.P.: Le plus urgent maintenant, avec toutes les surprises qui nous attendent, c'est de pouvoir s'installer dans cette patinoire... G.D.: J'aimerais déjà être dans la patinoire, dans ma bagnole, pour essayer de ressentir cet univers. Un comédien a besoin d'un costume assez tôt, et là, j'ai l'impression qu'il a besoin d'une bagnole. Je me réjouis et j'attends impatiemment d'être sur mes patins. G.D.: Le texte est extraordinaire, c'est un régal. Les comédiens ont du plaisir, autant avec le texte qu'avec leurs personnages. Ces personnages sont très difficiles à jouer, car ils ont souvent deux facettes opposées; et les ruptures de jeu, d'interprétation sont autant un plaisir qu'une réelle difficulté. On a l'impression d'un langage clair, d'une interprétation simple, mais... c'est peut-être souvent parce que c'est trop simple que c'est dangereux ! Il ne faut pas tomber dans le piège du simplisme ou du primaire. Y.P.: Ce que je sens aussi, pour continuer à parler des acteurs, c'est qu'il y a des liens forts qui existent ou qui se tissent entre eux et l'oeuvre d'Arrabal. Arrabal parle de ses rêves ou de ses cauchemars, de ses obsessions et de ses fantômes, enfin de choses toujours puissantes, souvent très immédiates. Les acteurs ressentent tout ça fortement. Beaucoup sont très touchés, très remués. G.D.: Oui, Arrabal parle de choses très fortes, et c'est aussi pour cela que l'on a conçu le spectacle comme un crescendo. Je n'avais pas envie d'agresser le public. Je voulais vraiment que le public puisse entrer dans ce monde fou d'une manière presque douce, de façon à ce qu'il puisse accepter, recevoir cette folie. Y.P.: Peut-être aussi pour ne pas refaire un théâtre que l'on a déjà vu, un théâtre très à la mode à la fin des années 60, où la provocation, l'agression, les dérangements sous toutes formes étaient très présents. Mais de tout façon, on reste avec un spectacle qui n'est pas un simple produit de divertissement facilement consommable. Et ce choix, c'est aussi l'identité du Clédar. G.D.: C'est vrai qu'on aurait pu jouer la facilité, en proposant un auteur plus commode, en restant plus gentil et en répondant à un succès. Là, à nouveau, on a proposé autre chose, on a pris des risques. Ça fait partie de notre métier, de notre milieu. Ailleurs, cela a plutôt tendance à disparaître. Alors continuons ! Y.P.: Arrabal va venir. Tu te réjouis ? G.D.: Oui, je me réjouis bien sûr, et en même temps j'appréhende. Parce que, pour une fois, ce n'est pas un auteur qui attend que l'on joue son texte à la didascalie près, ou bien au mot près. Arrabal attend justement autre chose d'une mise en scène. Son texte offre de nombreuses possibilités, le metteur en scène peut se sentir très libre et faire des choix très personnels, très différents de ceux de l'auteur... Y.P.: C'est vrai qu'Arrabal laisse beaucoup de liberté au metteur en scène, et il attend même d'être surpris par lui. C'est un homme qui a soif de liberté, qui l'a toujours défendue, et elle s'exprime jusque là, au coeur de son travail. Ses textes peuvent devenir des terrains fabuleux pour des théâtres, des imaginaires très différents. G.D.: Alors espérons que notre imaginaire rencontre le sien, et que la surprise lui soit agréable!
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