Le magicien s'appelle Jean-Luc. Jean-Luc Meylan. Non, il n'habite pas à la Vallée, c'est un menuisier-vigneron de Féchy. Passionné de théâtre, il a déjà conçu et construit de nombreux décors. Il reçut le Grand Prix de Scénographie lors du Festival de Théâtre Amateur Francophone qui se tint il y a quelques années au Canada. Le décor du " Cimetière des voitures " à la patinoire du Sentier, c'était déjà lui.
Pour chaque idée, pour chaque vœu, pour toute extravagance, il n'a qu'une seule réponse : " Pas de problème ". Il faut dire qu'au début ça agace un peu. Et puis, peu à peu, lorsque l'on voit que tout finit par se réaliser, les doutes s'envolent, il ne reste que l'admiration ! Car sa folie est structurée et très professionnelle. Dans la froidure de l'hiver, il monte à la Vallée pour faire des photos et des relevés des divers bâtiments de la scierie du Moulin. Rentré dans son atelier, il passe des semaines à construire une maquette où rien ne manque: ni la rivière, ni les tas de bois, ni même l'échelle à chats du locataire du dessus. Puis vient la réalisation. Dans la scierie de l'Abbaye Jean-Luc s'éclate complètement: Tout y est en bois ! Donc tout y est possible ! Un hangar de stockage, c'est quatre murs et un toit. Rien d'autre. Avec Jean-Luc, cela devient un labyrinthe de passerelles, ponts, escaliers, trappes, scène hydraulique, bar et loges. Pour une minute de jeu, il construit la démesure, l'impossible. Une raboteuse quatre faces devient la rotative du Vatican. Derrière les fenêtres on voit naître les jardins du Pape. Une terrasse romaine accueillante se construit sur les berges de la Lionne. Comme le spectacle se déplacera dans cinq lieux différents, l'emplacement de la régie est un casse tête. " Pas de problème !". Quelques heures plus tard une cabane confortable est construite… sur un toit. Même l'accueil à la caisse fait l'objet d'une construction disons… extravagante. Soudain une inquiétude. Lors d'une visite des lieux après de fortes pluies, la Lionne ne semble pas bien commode. Ses rugissements ne vont-ils pas couvrir la voix des comédiens ? En explorant les sous-sols de la scierie avec monsieur Berney, Jean-Luc trouve la solution : Il va détourner la rivière ! Il existe une conduite forcée datant de l'exploitation hydraulique qui, réouverte, détournera sans bruit une partie du débit d'eau. Jean-Luc et le Clédar. Une histoire faite d'échanges, d'admiration, de complicité, d'amitié, d'empoignades parfois. Une histoire riche, dense et féconde comme on les aime.
|