Tout a commencé il y a à peu près une année lorsque j'ai été contacté par la Compagnie du Clédar pour expertiser le théâtre élisabéthain du Malacuria. Théâtre élisabéthain ? … Malacuria ?... des noms qui ne me disaient pas grand-chose… Le théâtre élisabéthain est une structure où l'on joue du théâtre ! Bon, mais pas n'importe quelle structure. Nommée Puits à Coqs ou Cockpit, en référence aux combats de coqs qui se jouaient dans ces lieux, elle offre la particularité d'une scène posée en contrebas, au centre du public placé dans des galeries circulaires. Bref, il s'agit d'un tube de plusieurs étages, à ciel ouvert, coupé par la scène qui est protégée des intempéries, le public se trouvant soit assis et protégé dans les galeries composant le bord du tube, soit debout et exposé au centre du tube. Vous m'avez compris ? Si ce n'est pas le cas consultez les pages du site du Globe, www.shakespeares-globe.org, car c'est LE théâtre élisabéthain qui a été récemment reconstruit à l'identique à Londres, au bord de la Tamise, …et vous comprendrez tout.
Malacuria est le nom d'une compagnie de théâtre amateur valaisanne qui a fait construire ce théâtre, pas le Globe, évidemment, mais une réplique plus petite et surtout démontable et transportable. Donc, ce théâtre est à vendre et la Compagnie du Clédar veut l'acheter pour y donner son prochain spectacle qui sera shakespearien. Il est actuellement démonté et entreposé près de Sion. Après plusieurs séances de négociations avec le propriétaire il apparaît que l'affaire n'en vaut pas la peine. Et après réflexion nous décidons d'en construire un nous-même. Le projet démarre donc, jusqu'au soir où, lors d'un dîner au Brassus, nous mangeons avec Gérard Demierre, le metteur en scène de plusieurs spectacles de la Compagnie du Clédar. La conversation se dirige sur le projet, et Gérard nous dit qu'il est bien et intéressant, mais qu'il faut aller plus loin. «La Compagnie du Clédar a toujours innové, ce n'est pas le moment de construire quelque chose qui a déjà existé !» Telles sont en résumé ses paroles ce soir-là ! Bon, innovons donc ! D'un théâtre existant à adapter, créons un théâtre adapté, qui soit confortable, qui permette l'obscurcissement, qui soit modulable pour y jouer d'autres pièces, y faire de la musique, du cabaret… bref qui soit comme un doux cocon pour le théâtre. Les formes de ce nouveau théâtre sont venues très vite, comme une évidence. La scène, le balcon et le ciel se sont imposés naturellement. Ils sont l'identité, le contact, le rappel immédiat aux ancêtres Le Rose ou Le Globe, théâtres élisabéthains mythiques du temps de Shakespeare. Les dimensions de la scène 7 par 5 mètres, induisent celles du balcon et du ciel. Derrière, sous forme de containers facilement déplaçables, comme des roulottes de saltimbanques, sont placés les loges et l'arrière-scène. Les dimensions au sol de l'édifice sont d'environ 16 par 16 mètres. Les gradins accueillent 200 personnes. Nous voulions retrouver cette sensation de communion que nous avions ressentie l'an dernier au Globe à Londres lors de la représentation de « Much ado about nothing ». Nous les avons placés en arc de cercles. Ils entourent la scène et les comédiens, et créent le contact, comme le fait le parterre des théâtres élisabéthains. Le cocon, la couverture de ces gradins, est constitué de bâches supportées par des cintres en bois lamellé collé. Le matériau choisi, en dehors des bâches nécessaires à l'étanchéité est le bois. Ce matériau indigène, extraordinaire pour sa solidité, sa légèreté, sa facilité de mise en œuvre, ce bois que j'aime et avec lequel je travaille tous les jours, s'imposait pour réaliser ce théâtre, tant pour la structure que pour les revêtements. Ce bois provient des forêts de la région. Il a été abattu en bonne lune, par les forestiers de la Vallée de Joux, scié à l'automne, et raboté dans ses dimensions définitives au printemps, par la scierie Clairval de Jacques Berney à l'Abbaye. Il a été façonné par les entreprises Etienne Berney SA au Brassus et Patrick Schor au Pont. Les cintres ont été réalisés par l'entreprise Ducret Orges SA à Orges. Les panneaux 3 plis proviennent de la maison Dubath SA à Yverdon. Les ferrements ont été fabriqués par Rachet SA au Sentier. Les comédiens de la Compagnie du Clédar ont passé d'innombrables heures à scier, assembler et peindre. La peinture couvrante posée en 3 couches provient de la maison Stemmer SA à Montreux. Les bâches et leurs systèmes de fixation ont été confectionnées par la maison Richner Blachen SA à Villmergen. Grands remerciements à Patrick Schor, compagnon charpentier, pour son aide, ses conseils et sa disponibilité.
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