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« L’histoire que nous allons vous raconter est une histoire vraie, une histoire d’ici, de cette vallée... »
C’est ainsi que parle la maîtresse de cérémonie au début du spectacle. Accueillante invitation à immerger le spectateur dans l’histoire locale dont tout le monde a entendu parler au moins une fois, mais que paradoxalement bien peu de gens connaissent vraiment. Histoire vraie ! Dans ces deux mots tient le défi de notre aventure, défi tant pour l’auteur que pour le metteur en scène, la costumière, la maquilleuse et aussi pour les interprètes. Voici pourquoi. Anne Cuneo, qui a eu l’idée de raconter cette Quinzaine Prodigieuse, a endossé durant des mois la blouse grisâtre de l’historienne et de la documentaliste. Elle est remontée aux sources les plus limpides et les plus sûres. Elle a ensuite tissé un récit à multiples entrées, sur la base de sa récolte de faits.
Le tissage est d’autant plus subtil qu’il lui a fallu mettre en perspective les faits réels dans un contexte théâtral. Sans trahir les faits, et sans noyer l’histoire dans une fiction délirante. Une fois son texte écrit, Anne me l’a soumis. Elle n’a pas hésité à saisir son pic à glace pour fendre et refendre sa pièce à de nombreuses reprises. Toujours cette question d’équilibre. En mettant en scène ces thèmes historiques (Bourbaki, glacières, train), je savais à quoi m’attendre : en m’approchant trop du réel je risquais de lasser le spectateur, en m’en éloignant trop à vouloir divertir le spectateur je risquais de noyer le poisson... La belle affaire. Vinrent alors les discussions avec le scénographe et créateur des costumes, Jean-Luc Taillefert. C’est lui qui a eu l’idée d’immerger le texte d’Anne Cuneo au fond d’un lac. Oui, en plongeant la grande Histoire dans un bain glacé, nous allions pouvoir faire résonner les faits réels dans un contexte fabuleux. Une fable, comme celle qu’on raconte aux enfants. Il était, donc, une fois, au fond d’un lac aux eaux bleues, une grande usine totalement immergée qui fabriquait des glaçons d’une pureté cristalline... Là au fond, tels des tâcherons empressés tout droit sortis d’un opéra wagnérien, des centaines d’ouvriers zélés se livrent sous nos yeux émerveillés à la chaîne de transformation de la glace, depuis l’extraction de la matière brute jusqu’à son expédition vers les distributeurs. Pour mieux nous faire saisir le contexte de l’époque, c’est la maîtresse de cérémonie et son acolyte qui organisent pour nous la visite des lieux. Le récit s’enflamme, on parle de temps présent et futur, des ouvriers font du théâtre et jouent pour nous des scènes de différentes époques. Pour passer d’un tableau à un autre, le scénographe a proposé des éléments mobiles. Choix ludique mais aussi pratique. Cette astuce donne non seulement une dynamique aux scènes, elle permet aussi de faire rapidement des changements de décor, en nous faisant oublier qu’il n’y a pas de coulisses latérales. En plus des bénévoles et du réseau d’amis de la troupe, je tiens à remercier du fond du cœur la compagnie du Clédar. Pour la troisième fois, elle me fait une confiance totale, et cela dans l’amitié, les rires et la complicité. Cet excès de chaleur humaine a d’ailleurs failli faire fondre notre fonds de commerce : la glace de la Vallée...
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