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Accueil La Quinzaine Prodigieuse, Une Évocation (2009) Le soldat inconnu et la tombe de l’interné
     
   
     
   
 
Le soldat inconnu et la tombe de l’interné Imprimer
Écrit par Wilfred Berney   
Samedi, 04 Juillet 2009 10:09

http://cledar.ch/2009/monument-hiver-min.jpgDès le 29 janvier, renseigné par des réfugiés venus de Mouthe, on est au courant à la Vallée de Joux des malheurs de l’armée de l’est. Mais le matin du 1er février la surprise est totale pour l’armée suisse comme pour la population lorsque déferlent des colonnes de soldats par tous les chemins du Risoud. Et cela dure toute la journée.

La surprise passée l’accueil s’organise. Il sera exemplaire. « La population improvisa spontanément un service de subsistance ; chaque église chaque école chaque maison se trouva transformée en infirmerie, en logement ou en cuisine. Un long cortège de gens, bourgeois ou militaires, suisses ou français, serpentait sur toutes les routes. Les villages de la Vallée retentissaient du bruit des commandements et des appels des clairons. Et quand la nuit fut venue des feux de bivouac s’allumèrent dans les rues et sur les places publiques. Le lendemain il entrait encore un millier d’hommes » (Selon indications orales de Mlle Elisa Meylan du Campe née en 1900).  Douze mille soldats de l’armée de l’est entrent ainsi à la Vallée. Ces « Bourbakis » sont accompagnés de cinq cents chevaux et sont armés de neuf canons et de milliers de fusils avec leurs munitions.

Mais il faut très vite se rendre à l’évidence. En vingt-quatre heures toutes les réserves de nourriture sont épuisées, les magasins, qui acceptent la monnaie française, manquent de denrées alimentaires. Le transfert vers la plaine s’organise et dès le 2 février les colonnes de soldats désarmés partent pour Yverdon, Cossonay d’où ils sont répartis dans tous les cantons à l’exception du Tessin. 2000 prennent la direction de Bière où les casernes inaugurées l’année précédente offrent une solution inespérée.

A la Vallée restent les malades et les éclopés. Le chalet de la Thomassette devient lazaret, les soldats y sont soignés par des personnes dévouées. Les médecins militaires suisses du bataillon alors en service dans la région participent activement à l’organisation des secours et soignent au mieux ces malheureux. Tous ces malades pourront finalement rejoindre leurs camarades, sinon guéris, du moins en état de supporter le transport.

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Cérémonie à la tombe de l'interné

Tous sauf un, très probablement atteint de la variole, il décède au chalet de la Thomassette dans le milieu du mois de février. On craint à juste titre la contagion et décision est prise de l’enterrer sans délai à quelques centaines de mètres du chalet. « Trois personnes participent à son enterrement, le fossoyeur (surnommé « L’Aigle »), le pasteur Wartenweiler,  probablement un aumônier militaire, la troisième personne est très certainement le médecin militaire suisse » (Selon indications orales de Mlle Elisa Meylan du Campe née en 1900). L’identité du soldat n’est pas clairement établie, trop malade pour donner des informations ou sans papiers officiels, il est enterré anonymement et deviendra  dans la mémoire collective « le soldat inconnu ».

A la Vallée les événements ont des conséquences malheureuses, outre le chômage provoqué par la guerre, la santé publique est affectée, plusieurs maladies contagieuses font des victimes. Mais la vie continue, l’hiver n’est pas terminé il faut reconstituer les réserves, chacun à ses propres soucis. Chercher le nom et les origines du soldat mort n’est pas à l’ordre du jour (La lecture des procès-verbaux des sociétés du village du Brassus ayant tenu séance les jours suivants les événements n’évoquent que parcimonieusement le sujet).

Cependant le printemps venu, le Cercle des Amis du Brassus, organisme constitué des personnalités soucieuses du bien de la communauté et attentives aux événements, décide d’ériger un monument sur la tombe de l’interné. Il y fait placer une modeste pierre funéraire et la protège par une barrière (Archives du village du Brassus S16, Cercle des Amis 1890). Chaque année le comité dudit cercle se rend sur les lieux pour honorer la mémoire du soldat. Dix-neuf ans plus tard, en 1890 le comité du Cercle des Amis constatant avec tristesse le délabrement de la pierre tombale propose à ses membres une restauration de ce « touchant souvenir ». Dans un premier temps, une souscription est ouverte dans le cadre du Cercle. Très vite et sans que soit faite une publicité particulière, les sociétés françaises en Suisse, le Souvenir Français, et le gouvernement français s’intéressent à la démarche et annoncent leur participation financière. Finalement c’est une somme de 624 francs qui est recueillie dont 370 francs proviennent de France. La maison Imperiali à Lausanne est chargée de la réalisation et du transport du monument qui pèse tout de même trois tonnes. Le soldat étant toujours inconnu on fait graver A LA MEMOIRE D’UN SOLDAT FRANÇAIS 1871. « Le corps est exhumé, et déplacé à l’endroit où il se trouve aujourd’hui (ou simplement enterré plus profondément). L’uniforme était en parfait état de même que les boutons de la vareuse » (Selon récit d’Ernest Charles Meylan dit Nesti fils de Charles, ce dernier membre du comité du Cercle de Amis au moment des faits). Le fossoyeur « L’Aigle » est à nouveau de la partie.

19 août 1890 terrible cyclone à la Vallée. Le Brassus est particulièrement touché et les conséquences sont multiples et dramatiques. Il faut entre autres reporter l’inauguration du monument.

31 mai 1891 cette fois tout est prêt. Deux mille personnes participent au cortège, sociétés locales, Union Instrumentale, gendarmerie, bannières françaises et suisses, personnalités politiques des deux pays, discours, tout est parfait. La journée se termine par un  « joyeux banquet » qui réunit les convives à l’hôtel de la Lande où « une pluie de discours patriotiques sont prononcés ». La Feuille d’Avis de la Vallée se fait l’écho de  l’événement et reproduit les principaux discours. Dans ces derniers on constate que si le soldat à l’origine de la manifestation n’a pas été oublié, il a rapidement cédé la place à la politique et à l’amitié franco-suisse largement célébrée.

A la suite de cette inauguration le Cercle des Amis, désireux de perpétuer l’événement, organise chaque année une manifestation. Cette tradition perdure jusqu’au début de la dernière guerre ou la fermeture des frontières rend impossible la participation des délégations françaises. En 2003 le Municipal André Reymond décide de rafraîchir le monument quelque peut marqué par le temps. C’est l’occasion d’organiser à nouveau une commémoration conforme à la tradition et d’honorer la mémoire du soldat français. Elle a lieu le 17 mai 2003.

Une autre version

Une autre version de l’histoire de ce soldat inconnu est citée au Panorama Bourbaki de Lucerne, selon les souvenirs d’un villageois : « Le jour où cet homme est tombé mort devant l’Hôtel de l’Union (actuelle Maison de Paroisse au Sentier, ndlr), les gens se sont enfuis, terrorisés à l’idée d’être atteints par cette maladie. Le pasteur Rapin serait allé chercher un chariot à deux roues (...), aurait chargé le corps du malheureux pour l’amener dans un endroit isolé, la Thomassette. Il y aurait creusé une fosse et enterré le soldat ».

C’est de cette version que s’est inspirée Anne Cuneo pour le passage de sa Quinzaine prodigieuse relatant cet épisode.

 
 
     
     
 
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DVD La Cuisine

Les lumières du Théâtre d’Été Vallée de Joux 2011 se sont éteintes. Le chapiteau aux mille miroirs s’en est allé pour être remonté quelque part en Allemagne. Le lieu-dit « Sur-la-Rose » est à nouveau une zone industrielle et les comédiens ont repris leurs occupations professionnelles et familiales.

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